21 POESIE DI MARC GUYON



La sostanza del mondo
è una montagna
tra me e me.

Riducila
a un punto immobile.

Sono
detto e contraddetto,
frantumazione di ogni parola,
mai accetterò
una ragione.
Nell’oblio
della nascita
c’è forse
una purezza che attende.

Accorciare, ridurre
la distanza che mi separa
dall’essere dimenticato, perduto.
Nulla mi distingue
da un corpo d’uomo
chiamato marc guyon,
eppure io non mi trovo in quel corpo:
appartengo al deserto.

Dove non ho più
passato
né sogni,
dove
il mio corpo scompare
si trova
il punto che mi è concesso
come unica terra.

Niente da attendere
né da conquistare,
niente da addomesticare,
nessun seme da spargere
dove io resto.

Forse è
vicinissimo, o forse
un limite ben definito
non esiste.
Al tuo nulla
risponde un altro nulla.
Due esseri
prigionieri l’uno dell’altro.
Due esseri,
due vuoti d’essere:
che si combattono.

Chi si affida al tempo
rimane nell’ingenuità
di un a venire
come un bambino.
Per uno sguardo più lucido
invece
nulla viene,
stelle e fatti sono fissi.

Vai concentricamente
dove ti conduce la paura.
Smuovi
una pietra
dopo l’altra.
Non far caso all’assurdo
e all’insulso.
La tua gerarchia
non appartiene a nessun altro.

Stai attento ai fiori
e alle tue stesse labbra,
racchiudono
il fuoco.
Attento alle nuvole
e al mare,
conoscono
la tua nascita.

Se tutto fosse visto
perderesti nome
e occhi.
Sei macchia
sulla chiarezza accecante.

Non l’idea
ma la sua morte
sii,
l’idea di te stesso
e l’idea della tua morte
finiranno per esaurirsi.
Qualunque pensiero
schiude l’accesso alla povertà.
Ma tale povertà è
una ricchezza ancora troppo grande.

Soffia il nulla
nella tua mente
come un vento.
Non prendere l’accento
della pietà,
lascia i sorrisi
ai bambini
che sanno fare gioia della noia.

La tristezza
come in altri tempi
gli dèi,
non è storia
ma conoscenza.

Per chi non ha più timore di perdersi
l’assenza è guida
il silenzio parola,
senza del mondo aver sfiorato alcunché
ritorna nella sua dimora.

Puoi vedere la luce
e non essere nato;
è il destino, qui, 
dove il giorno
è un’ombra.

Impara ad essere
la tua prigione,
te e le cose
siete lo stesso.
Dove la tua coscienza
cancella la tua coscienza
dimora.

Solo il cieco in te
conosce l’unico
intorno al quale
giri
nell’immondo.

Che non sia bacio
il tuo passo,
che intorno a te
tutto si faccia brina
o ghiaccio.
Il reale
prova a renderti reale:
tu non concederti.

Il vento che gioca
tra le foglie
è tutta la tua
storia.

E se proprio non ce la fai
a sottrarti alla vita,
non vivere mai per te.
La tua essenza
non la incontrerai.
Sbarazzati
di ogni traccia di carità,
bùcati il corpo
e scappa attraverso la ferita.

Riuscirai forse
a staccarti da te stesso,
a non lasciare nient’altro
che uno squartamento.


La substance du monde
est une montagne
entre moi et moi.

Réduis-la
à un point immobile.

Je suis
dit et contredit,
cassure de chaque mot, jamais n’accepterai
de raison.
Dans l’oubli
de la naissance
il y a peut-être
une pureté qui attend.

Abréger, réduire,
ce qui m’éloigne
de là où je serai oublié, perdu.
Je ne me distingue pas
d’un corps d’homme
qu’on appelle marc guyon,
et pourtant je n’y suis pas :
je suis au désert.

Où je n’ai plus de passé
ni de rêves, là où
mon corps s’efface,
il y a
le point qui m’est permis
comme seule terre.

Rien à attendre
ni á conquérir,
rien à apprivoiser,
nulle graine à semer
où je suis posé.

Peut-être cela est-il
très près, peut-être
n’y a-t-il pas
de limite bien tranchée.
A ton rien
répond un autre rien.
Il y a deux êtres
prisonniers l’un de l’autre.
Deux êtres,
deux vides d’être ;
combat.

Qui se lie au temps
reste dans la naïveté d’un à venir
comme un enfant.
Pour un plus juste regard
au contraire
rien ne vient,
étoiles et faits sont fixes.


Va concentriquement où la peur
te mène. Lève
pierre après pierre.
N’aie cure de l’absurde
et du niais.
Ta hiérarchie
n’est celle de personne.

Garde-toi des fleurs
et de tes lèvres,
elles possèdent le feu.
Garde-toi des nuages
et de la mer,
ils savent
ta naissance.

Si tout était vu
tu perdrais ton nom
et tes yeux.
Tu es tache
sur le clair aveuglant.

Sois non l’idée
mais sa mort,
l’idée de toi-même
et l’idée de ta mort
se consumeront.
Toute pensée
fait entrer en pauvreté.
Mais cette pauvreté est encore
une richesse trop grande.

Souffle le rien
comme un vent
dans ton esprit.
Ne prends pas l’accent
de la piété,
laisse les sourires
aux enfants
qui savent faire joie de l’ennui.

La tristesse,
comme autrefois
les dieux,
n’est pas histoire
mais connaissance.

Pour qui ne craint plus de se perdre
l’absence est un guide
le silence une parole,
sans rien toucher du monde
il regagne sa demeure.

On peut voir le jour
et n’être pas né ;
c’est le sort
ici, où le jour
est une ombre.

Sache être
ta propre prison.
Les choses et toi
êtes le même.
Où ta conscience
efface ta conscience
est le séjour.

Seul l’aveugle
sait l’unique
autour duquel
tu tournes
en toi
dans la souillure.

Que ton pas
ne soit un baiser,
qu’autour
tout devienne givre
ou glace.
Le réel
veut te rendre réel ;
jamais tu ne te donneras.

Le jeu du vent
dans les feuilles
est ton histoire
tout entière.

Quand même tu ne peux
échapper à ta vie,
ne vis jamais pour toi.
Ce que tu es
tu ne le rencontreras pas.
Dégage-toi
de toute charité,
perce ton corps,
fuis par la blessure.

Peut-être parviendras-tu
à te séparer de toi,
à ne laisser
qu’un écartèlement.


Foto credits: Giulio Minghini